Les déserts me ressemblent.

Les déserts me ressemblent.

Les déserts me ressemblent
m’a dit un motard du Dakar
oublié dans les dunes depuis quinze ans.
Comme un pâté de sable
je redoute l’attaque du plus petit scarabée.
Chaque jour j’en suis sûr un grain me quitte
comme il se doit sans prévenir
pour rejoindre d’autres perspectives.
Les déserts survivront aux mégapoles
le sable insaisissable
ignore les finalités
il crée à chaque instant
des formes inattendues
des fragilités intemporelles
de la matière en marche
des transparences déchiffrables.
Les déserts me ressemblent
m’a dit un vieux chameau
sentant le sable chaud
chaque jour je les visite
ils m’assurent l’anonymat
la disparition de mes traces
la résurrection de mes particules dispersées
le silence des fantômes qui sommeillent
dans l’ombre des dunes.
J’y entends plus de voix
j’y vois plus de visages
que partout où la foule s’accroît
leur musique m’accompagne
où que j’aille
et où que je n’aille pas
ici
le nul part est ailleurs et partout
il est très aisé
de s’y donner rendez-vous.
Les déserts me ressemblent
cela fait quinze ans que j’ai disparu
je n’ai pas pris une ride
poussé par le vent
tu peux me retrouver un jour
dans ton verre d’orangina*
ou dans la mer
en m’avalant de travers
quand t’auras bu la tasse.

* je tiens à préciser que je ne suis pas sponsorisé par Orangina.
On peut mettre à la place, d’autres choix de marque, de goût, et de qualité.

LE PAN BAGNAT

LE PAN BAGNAT

le chien avale sa truffe, ses crocs, ses dents, sa langue, ses poils, ses pattes, sa queue
l’homme son visage, son sperme, ses tripes, son foie, son orgueil, ses membres
son temps, sa matière
sa carte bleue
l’aigle ses yeux, ses ailes, ses nuages, son ivresse des altitudes
le gros le petit
le serpent son venin, le coucou ses “KU-KOU”, le crabe ses pinces
et moi je perds mon âme, mon coeur, mes vertiges
quand je la vois passer tout prés de moi
sans se soucier de ma disparition
avalant ma présence
comme elle avale son pan-bagnat.

FATRAS

FATRAS

Entre poursuivre sa vie et le suicide il choisit de vivre, le jour même il périt écrasé en traversant la rue sur un passage protégé.

Depuis qu’elle est partie personne n’aboie quand elle ne rentre plus à la maison. J’ai quand même gardé le chien et l’oreille aux aguets.

Bon et bien on fera avec dit-il au réveil en constatant l’amputation de ses deux jambes.

AÏE AÏE AÏE
quelque chose me dit que je suis en train d’avoir peur
et que ça durera
si rien ne change autour de l’endroit que je viens de quitter.
De toute façon ailleurs, c’est nouveau, mais tout reste à l’identique.
PARTOUT il en sera ainsi.

Pour maigrir perdez gros en jouant au poker.

Ils m’ont ligaturé les lèvres, privé de mes yeux pour pleurer, supprimé l’oesophage, coupé la langue et mes dents tombent. Je ressemble à une tirelire à moitié pleine, je fais du bruit quand je marche, les passants m’insultent, les enfants se moquent et je n’ai plus de bras pour me pendre. Mais je tiens le coup, il me reste une boîte de Prozac, ensuite? Ensuite je miserai sur ma foi, celle qui renverse les montagnes, mais dommage pour moi la foi et moi n’avons jamais été très amis, parce qu’il faut que je vous dise, des amis, j’en ai pas beaucoup j’en ai même pas du tout.

Quand Nino Ferrer chantait ” on dirait le sud ‘ personne n’osait le lui dire qu’il y était, dans le sud. Au niveau de la gachette il était plutôt imprévisible. D’ailleurs quand il ajoutait ” le temps dure lontemps ” tout le monde comprenait en effet,que cela ne pouvait plus durer.

Trop tard pour mourir plus jeune, comme le Christ, à 33 ans. La croix, les clous, la couronne d’épines, pourrissent dans le grenier. Les refiler? Mais à qui, les gens aujourd’hui veulent bien faire dans le spectaculaire mais pas dans la souffrance, surtout pour faire plaisir à un type qui manifestement n’en a rien à secouer de la lutte des classes.

Ma femme, mon amante, ma chatte, viennent de me quitter. Stopper l’hémorragie. Je surveille attentivement la poubelle, je pense même que je vais la ligoter au radiateur de la cuisine.

les murs se resserrent
les conserves implosent
les bouchons sautent
mon chat saute par la fenêtre
je vomis tous mes souvenirs
mes yeux s’exorbitent
j’étouffe, je m’évanouis, je pars
je te vois
acheter du thé
dire au revoir en souriant
et partir en pensant à je ne sais quoi
à je ne sais qui.

quand je me regarde dans un miroir je suis obligé de constater que je me reconnais de moins en moins et changer de miroir ne résout pas le problème, au contraire, ça me contraint à me demander ce que je deviens, où je suis passé, et à douter du bon fonctionnement de ces objets.

l’Amour défait
après l’avoir fait
quoi de plus naturel
de tenter de rassembler les restes
sans oublier que tout reste à faire.

Faire l’Amour
le Défaire
refaire l’Amour
le ReDéfaire
ReReFaire l’Amour
le ReDéDéFaire, sans bégayer
C’est prendre le risque de revenir à Ithaque
et de se faire jeter par Pénélope.

“il aimait boire sa vodka accompagnée d’un poisson rouge vivant qu’il prenait directement dans un aquarium prévu pour ce rituel. Cette forme mobile évoluant dans un verre aux parois troublées par le froid perdait ses contours, sa définition. Il adorait ça, ne sachant plus si c’était un animal ou un insaisissable baiser qui fixait son attention … “. (note de nuit)

” Il se retrouva pieds et mains liés relié à un cheval sauvage, un mustang par une corde de plusieurs mètres. quand l’ horreur concernait l’autre il pensait toujours “quelle horrible fin”. Aujourd’hui c’était son tour, c’était pas prévu, et il trouva le moment venu un peu précipité. Il n’était plus le plus fort, le plus puissant, ça il le comprit très vite. Quand il hurla “Maman, au secours, ils me veulent du mal! “, la bête démarra avec fougue, la corde se tendit, son corps dessina une virgule dans l’espace. Le point n’allait plus tarder “. (note de nuit)

Mes ” plaies mobiles “, animées par une inertie inespérée se nichent dans des endroits inaccessibles. Surtout les mentales. Impalpables elles échappent aux diagnostics en simulant des pathologies caricaturales. Elles érigent autour de moi des transparences inviolables derrière lesquelles je peux encore rire, parler, batifoler, m’enivrer , écrire des lettres d’Amour sans adresses afin de m’assurer que personne ne les lira. (note de nuit)

Quand tu y mets tes ongles pleins de gris
l’eau de vaisselle prend quelle saveur?
Quand tu te parfumes
tu sais modifier l’odeur d’un steak brûlé?
Quand tu te deshabilles
pourquoi les mouches tombent-elles du plafond?
Quand tu te maquilles
pourquoi tu enlèves aux tableaux leurs couleurs?
quand tu pars en safari
quand tu attends la proie pour le cliché
ou le chasseur pour l’exposer
pourquoi tu ne réponds jamais au téléphone?
Sans doute parce que ma vraie réalité
les bonnes réponses
se situent avant ma naissance
et après ma disparition.

ta jupe rouge, la légère, celle d’été
je l’ai retrouvée enfouie sous le sable
maculée d’algues et de bave séchée
celle que les vagues laissent sur la plage
quand elles se retirent
ta jupe rouge si légère
celle que tu portais cet été 2008
je l’ai retrouvée dans un champ
piétinée par les vaches
transpercée par les mauvaises herbes
entamée aux bretelles et au niveau des hanches
par les dents des rongeurs
cette jupe rouge que tu portais comme un diadème
je l’ai retrouvée sur une route
morcelée de taches d’huiles
alourdie de particules goudronnées
réduite à l’état de serpillière
jetée de la portière d’un trente tonnes
comme on balance un crachat
ou une boîte d’allumettes vide
ce morceau de tissu disloqué
la dernière fois que je l’ai vu avec toi dedans
tu surveillais tes enfants à Vauville sur la plage
tu marchais les pieds nus lentement
c’est tout ce que tu semblais posséder
et déjà je me disais que ce petit morceau d’étoffe de rien
jamais tu ne me laisserais le droit d’y toucher.

Cartographie:

Tu fermes ton ordi, tu descends, tu prends ta voiture, tu files faire tes courses, tu
fais à manger aux enfants, tu fumes une cigarette quand tu fumes, tu regardes le ciel quand tu regardes le ciel, tu montes te coucher, tu regardes un film, tu lis, tu t’endors, soit, mais après? Tu te réveilles, tu descends, tu prépares le petit déjeuner, les enfants, tu reprends la voiture, tu repars au travail, tu montes, tu allumes ton ordi, tu bosses, pause-café, midi, tu manges, tu remontes, tu travailles, tu fermes ton ordi, tu reprends ta voiture tu … Soit, mais après? Après? Après?
Que reste-t-il de cette jeune femme qui marchait prudemment au bord de la mer comme si c’était la première fois qu’elle voyait des vagues, des galets, du vent sous forme de vent, de l’eau pour reposer les corps, de l’eau en pente douce pour t’amener ailleurs, un jour.
(suggéré par l’armoire aux délices)

Je viens de finir de manger. Fromage blanc à zéro % avec radis découpés en fines lamelles (sel, poivre) c’est excellent.
Et toi, tu tiens le coup avec tes cigarettes?

ce matin envie de prendre le métro et d’aller aux puces de St Ouen
Envie de prendre mes cliques et de donner des claques
envie de plein de pains au chocolat
envie d’acheter un lapin à longues oreilles
envie d’être le 16 octobre 1974
de retrouver ta formule
qui me mettait en plat du jour.

Tu ne travailles pas aujourd’hui?
Alors “amuse”-toi bien
cool cool cool
(dernières paroles des passagers du Titanic)

Au fait
Ai mangé hier soir avec Baudelaire. Complètement déchiré vers 3H du matin, s’est mis à déclamer du Bob Dylan en hurlant que tout ça n’était que foutaises!
bon, sur ce je vais me raser.

” quand je me regarde dans un miroir je suis obligé de constater que je me reconnais de moins en moins et changer de miroir ne résout pas le problème, au contraire, ça me contraint à me demander ce que je deviens, où je suis passé, et à douter du bon fonctionnement de ces objets “.

Drame?  Tragédie? Fait divers? Cacahuète? Coup de poing? Bavure? Et tant d’absurdité concentrée dans un oeil de verre.
Je n’ose imaginer le désastre dans les trésoreries, les églises, et les syndicats d’initiatives le jour où il explosera.

Je ne sais pas où tu es. Il est 14h, un samedi aussi banal qu’un goëland bleu devant un urinoir de Marcel Duchamp et je me pose cette question digne d’un transfert immédiat aux urgences.

Le où plus le es, ces deux là associés peuvent mener à une folie éduquée et sans danger … Pour les autres.
Finalement je suis resté. Je me suis endormi. Je voudrais tant mais je ne le peux pas. Help i need somebdy Help, i need un body + un esprit m’accablant de questions et de comportements incompréhensibles.
Tous ces gens qui m’entouraient appartenaient déjà au défilé d’images précédant paraît-il l’approche de la mort.
J’ai préféré fuir.
Où es-tu?

La peur des voix sans corps.

Une pléiade de soleils m’entoure: quatre ou cinq
si l’on compte celui d’en-dessous.
J’aime ainsi me précéder, me suivre
…initier mon corps aux vides mortels
m’observer sous tous les plans
m’attribuer des prénoms
variants suivant les positions …

Je crois au sacré, je suis un panthéiste romantique enthousiaste, véhément, frénétique, et pessimiste. Il m’arrive cependant de penser à consacrer quelques minutes à faire mes courses, à dévier mon énergie vers les basses besognes habituellement réservées aux domestiques. Comme tu l’auras remarqué je touche aussi à la mythomanie, elle m’aide à ramasser mes morceaux quand je me démonte, quand je m’extermine, sans pitié aucune, pour cet ego qui n’a d’égal que ce que je veux bien lui octroyer, c’est à dire peu tant le jugement que je porte à mon encontre est déformé par ma subjectivité.

HEY MAN
I STEPPED ON A MINE YESTERDAY
et depuis
beaucoup de choses ont changé

JE ET LE CHIEN

JE ET LE CHIEN

Je et le chien allongé près de moi
dans la mare tous les deux je nous vois
prendre la lumière transperçant les vitraux détruits
devenir le temps d’une pose millimétrée
l’oeuvre d’art universelle
sensible au moindre souffle
à la plus petite patte d’insecte
se posant sur l’image parfaite.
Passer du net au trouble au méconnaissable
c’est le chemin que je suis
impossible d’en sortir
faut aller jusqu’au bout.

Il n’empêche (mets le bas et qu’on en parle plus).

Il n'empêche (mets le bas et qu'on en parle plus).

Des blés écarlates dans la gueule, occis, mille WOK i, poussent dans les yeux des femmes
des cadavres de vaches exquises sommeillent dans les lavandières
faut en finir avec la circumcircularité
je tente désormais les figures géométriques accidentées
pour enfin trouver du style UN STYLE!
Et un peu de sommeil aussi Sans Théralène  Sans Séresta
les marées désencordées s’affalent sous les pieds des noyés
l’alguemanie la détresse des crabes en mode emploi précaire
la peine capitalise des lettres analpha-bêtes dissoutes en bavardages mondains
je me plains de tout qui me le rend bien (“la carte fidélité Carrefour?”)
3 tranches de jambon – 2 carottes – 1 lapin nain trouvé vivant.
L’acier des fémurs se dilate. J’en peux plus de souffrir en silence.
Amputez les proxénètes Irradiez les bottes de navets de m’être trompé
et rira bien qui tirera le premier. Moi. Pourquoi MOI?
J’en lis des multitudes! En même temps que LA CUISINE, LES VITRES
UNEOU2 pensées pour les pleutres, les divas de mes deux , mélancolie inclue
John, Dan Fante, Herbert Huncke, Buffalo Bill, H.Schulz …
Des wagons de mensonges gravissent les sommets en daim, en vert,
et contre tous ceux que je vomis en composant le 17 “dis-moi, tu m’ M
encore un peu, un tout petit peu THON pendu au plafond, tirez lui la queue
il pondra des oeufs, YOUPIE!”. Le vernis anoblit la crasse sous les ongles.
Le parfum ta pourriture. Le rire ton absurdité aux terrasses des cafés l’été.
Les voitures claquent, sonnent, écrasent des anodins anonymes solitaires.
Les Champs Elysées débitent 2637 tonnes d’ordures djetsetisées à la minute
Et pendant ce temps
Des blés écarlates, livides, poussent dans les yeux des femmes
des langues, des lèvres, des dents, des brosses, des valdas, des polies-glottes,
s’associent en bouches pour attirer un Amour éternel en solde de tous comptes.
J’hoche une tentative de tête. J’enfile un costard à sec mais je commence par où?
Je tremble, je doute, mes nausées abondent, je pisse des chaudes pleures,
je bande à part. Depuis que je suis tout petit souvent il me le fut reproché.
Il n’empêche (mets le bas et qu’on en parle plus). Je ne comprends toujours pas l’utilité de ma présence ICI *.

ICI : gît celui qui se souvint un jour, par hasard, de mon prénom.

Une seconde, pour tout comprendre.

Une seconde, pour tout comprendre.

Une bouteille de vodka vide

la flamme d’une bougie

un recueil de poèmes de BRAUTIGAN

ouvert à la page 9 – 12 – 8 – 32 – 24

… A cause du vent

forcémentent

elles tournent.

Retrouvés sur un quai

au bord du GANGE

impossible d’y penser reliés à la matière

à la terre

je pense à un ensemble plein

isolé, flottant dans l’espace

étranger aux regards des touristes

et pourtant … Il vole.

Chaque jour par milliers

ils passent auprès

sans jamais le regarder

et pourtant … Il existe.

Impossible d’approcher cette image

en m’accrochant aux douleurs

aux odeurs ou aux injures

elle échappe au verdict des hommes.

J’ai lu BRAUTIGAN

J’ai allumé la bougie

j’ai bu la bouteille

paisiblement

et j’ai plongé dans le GANGE.

On ne m’a jamais retrouvé.

MA CABANE

MA CABANE

Faut me croire

j’habite une cabane construite

dans une cathédrale abandonnée

j’y vis seul

pas un courant d’air

que du noir

du gris

de la lumière pure

Des arbres y poussent

peu d’herbe

si peu

le sol

quand il pleut

dans une mare

accueille chaque goutte

je m’y allonge quand j’ai peur

je regarde le ciel

pour m’en approcher au plus prés

qu’il m’affranchisse de tous liens terrestres

car lui ne bougera pas

il ne sait pas que j’existe.

PIQUE-NIQUE.

PIQUE-NIQUE.
DEUX HORS
le beau s’installe
aussi beau
plus beau?
Qu’un tableau de moi
corrigé par MONET.
Le soleil et Eugène suent
les filles fondent
les amants fusionnent
se tordent en syncopes inouïes
les fruits rougent, sucrent le suce
l’océan bulle, ébouillante les rochers
qui hurlent en silence
comme d’habitude
en s’la pétant sur les galets.
Dehors il fait beau tu sais
les rayons dorent
se liquéfient sur le mouvant
pour le postériser.
Les oiseaux garent sur les pistes d’envol
leurs plumes de plomb les soudent au sol
le silence s’enroule autour des becs
les corps s’empatent, s’effondrent sur le flanc
c’est pas bon signe, c’est l’été
l’été des moules saucisses frites
des p’tits baisers, des p’tits rosés, des p’tites culottes …
Et TOI tu fais quoi?
Toi tu dors devant la télé
affalée sur le canap élu tu croules sous les flocons
c’est la tempête ma chérie!
Il neige dans ton appart, ça monte, ça monte, ça monte
le blizzard fige les photos, tes cils, tes cheveux, tes rideaux
il neige! tu entends? Pauvre conne vanille-pistache!
Tu en as jusqu’au cou
tu ne sais pas, tu ne sais plus
ce qui se passe autour
on te retrouvera con-gelée dans ton nid glauque
tu ressembleras à un arrêt sur image
du sous-rire de Jean-Pierre PERNAUD.
10 AOÛT 2010:
penser acheter chocolat
penser à oublier
mettre une machine en route
brosser le chat …
Au fait
on fait quoi aujourd’hui
on dort?
On pleure?
Ou on pique-nique.

Les papillons de GROZNY.

Les papillons de GROZNY.

Dans cette ville en tous points de ponctuation suspendus
jusqu’en ses fondations révisionnées
Alex RIBLOUIEV l’ombre exécutée moquée par les cadavres
fouille- erre/ fouille-erre/ fouille-erre/ fouille-erre
sans s’arrêter pour pisser
LANUITLEJOUR / LANUITLEJOUR
chaque souvenir de maison
chaque trace de ruelle effacée
hume chaque vibration d’odeur céleste
pour retrouver le bleu- outremer
la définition de ces tâches virevoltantes
que les enfants pensaient plus légères que l’air.
Il ne sait toujours pas Alex
qu’on ne trouvera plus jamais de papillons
dans les faubourgs de GROZNY.

UTOPIE DE L’ECHEC

UTOPIE DE L'ECHEC

Cérébralité,

tu m’as fait passer une bonne soirée sale hydre cristalline. Lorsque tu es ainsi disposée tu peux devenir une agréable, voire irremplaçable compagnie. Tu vas même jusqu’à accepter de t’endetter, de te priver de l’argent nécessaire à l’achat de ces paquets de médicaments anti-anxiogènes et “euthanasiques” présentés en formes douces et oblongues. Chapeau! Sérieux, tu m’as bien fait rire. Et puisque je ne peux te voir, j’aime te sentir ainsi, gaie, remplie d’humour, émouvante parfois derrière tes prothèses de tétard à hublots, sensible à une vision du monde optimiste malgré tous ces bruits de pans de société qui vacillent autour de nous sur leurs fondations. Tu m’as moins fait rire lorsque nous avons taquiné le problème des “compagnies”. Je viens de relire tes lettres. Je ne sais pas si tu te souviens. Quand je parlais de cette idée d’atteindre avec toi, d’atteindre, d’approcher, de tenter d’approcher l’idée d’Amour pur, de transcender l’immanence plane, rectiligne, des relations affectueuses “terrestres”, même si ces mots te paraissent aujourd’hui incongrus, j’étais sincère, prêt à aller jusqu’au bout, à sacrifier mon état civil, plus de nom, plus de sexe, plus d’âge, plus de signes caractéristiques, pas de métier …

Tu te souviens de ces emportements poétiques et utopiques? Que deviendrions-nous si nous n’étions pas habités par la poursuite de rêves insensés? Malheureusement nous sommes constitués de chair et …De chair car l’esprit (chair), notre “cérébralité”, réside dans une usine d’une complexité inouïe, constituée d’une multitude de laboratoires abritant des équations, des algorithmes, des formules chimiques si tordues et si sensibles, que la moindre vibration incontrôlable venant de l’extérieur peut tout dérégler. Je ne saurai jamais ce qu’il s’est passé dans ton cerveau, réellement, pour que tu décides, l’espace d’une mouche partant en vrille suite à un malaise cardiaque, de changer de chemin, de quitter ce à quoi tu t’étais attachée. Je sais ce sont des problématiques venant du coeur et qui ne s’expliquent pas. ” Tu trouveras bien quelqu’un d’autre “. Non, je me suis livré à toi à corps perdu, je l’étais vraiment, perdu, ce que tu m’as donné, personne d’autre ne pourra me l’offrir. Quand je te parle de sacré, ce ne sont pas des mots M.O.T.S, je te signifie matière, palpable, modulable, sensiblement tactile. Ou alors tout cela n’aurait compté que pour du beurre? Et moi j’y substitue quoi à tout ce qui m’a déchiré? Car oui, ce coma décidé pour te sanctifier, le fut pour accéder au vide, au néant, à ce fameux EX NIHILO pouvant mener tout droit à la folie. Techniquement disons que tu appartiens maintenant à mon disque-dur. Je ne puis m’obliger, me forcer à penser, à me persuader que tout ça ne fut que du vent. J’entends la sonnette, c’est l’infirmière, je t’abandonne oh, toit d’ardoises balayées par de lourdes larmes de cumulonimbus.